Les drones turcs séduisent en Afrique

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En 2020, les drones Bayraktar TB2 ont connu une success-story dans le conflit qui a opposé l’Azerbaïdjan à l’Arménie. Ces drones de fabrication turque ont permis au voisin azerbaïdjanais de vaincre les blindés arméniens et de récupérer de vastes territoires du Haut-Karabakh que se disputent les deux pays. Depuis le début du conflit entre la Russie et l’Ukraine, rebelote ! Les drones turcs ont permis à l’Ukraine d’intensifier sa riposte face à l’invasion, lors des premières semaines du conflit. Des performances du nouveau joyau de l’industrie de la défense turque, qui n’ont pas échappé à l’Afrique.

Plusieurs pays africains sont acheteurs

Pourtant les premiers succès des productions de l’entreprise turque Baykar, pourraient dater de la Libye où la Türkiye soutient le gouvernement d’Union Nationale (GNA) reconnu par l’ONU. Les drones turcs auraient permis notamment de mettre en déroute l’armée nationale libyenne du général Khalifa Haftar.

Les pays sahéliens en ont fait une de leurs armes prisées pour lutter contre les groupes armés terroristes qui les frappent depuis quelques années. Touchés plus récemment par cette insécurité, le Togo et le Bénin ont aussi montré de l’intérêt pour les drones turcs.

La qualité et le coût qui défient la concurrence

De façon générale, la Türkiye s’est positionnée ces dernières années comme un partenaire stratégique dans la coopération sécuritaire avec plusieurs pays africains. En plus d’avoir signé des accords avec plusieurs d’entre eux, elle est devenue un grand exportateur de matériels de défense.

« Les clients de la Turquie en Afrique veulent en grande majorité des drones turcs parce qu’ils sont robustes, faciles à utiliser et à entretenir et parce qu’ils ont été utilisés au combat contre des acteurs étatiques et non étatiques »

, souligne Nicholas Heras, directeur de l’unité Stratégie et innovation du New Lines Institute.

« Le TB2 peut être mis en fonctionnement à partir d’une portion de route ou d’un parking. Il n’a pas besoin d’une structure aéroportuaire imposante. Il est très basique donc il est facile à entretenir. Comme il n’a pas de liaison satellite, la logistique est simplifiée, il peut être mis en œuvre de manière assez simple. Il se montre très résilient dans son utilisation. Un Reaper est beaucoup moins résilient : on ne peut pas le mettre en fonctionnement à partir d’une route. Il demande beaucoup plus d’entretien. Il faut entretenir sa turbine, alors que le TB2 possède un simple moteur à piston »

, estime l’expert en guerre électronique Olivier Dujardin.

Un atout de “smart power” en Afrique

La Türkiye a su mettre en place une “diplomatie de drone”, une flèche de plus à son arc diplomatique en Afrique. En effet, le Président Recep Tayyip Erdoğan n’a pas hésité à promouvoir son industrie de la défense via ses tournées en Afrique. Plusieurs accords signés dans ce cadre ont abouti à la vente de ces appareils aux pays africains. En outre, des salons, des foires et d’autres points de rencontre ont été initiés entre les fabricants turcs et les potentiels acheteurs, surtout africains.

La Türkiye a fortement renforcé ses relations avec l’Afrique depuis le début de ce siècle. Elle a su utiliser et renforcer son soft power sur le continent à travers un partenariat économique gagnant-gagnant, une forte diplomatie culturelle et humanitaire, mais aussi sur une vision commune d’un monde multipolaire avec l’Afrique. Mais en impliquant l’industrie militaire turque et en renforçant sa coopération sécuritaire avec le continent, la Türkiye a viré du soft power au smart power. Le smart power est une utilisation intelligente d’habituels outils de hard power (la puissance militaire) sans perdre sa crédibilité et sa légitimité.

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