Kinjal, Kalibr, Iskander, Shahed… Ces missiles et drones que les Russes utilisent pour bombarder toute l’Ukraine

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DÉCRYPTAGE – Comme lors de l’hiver dernier, la campagne de bombardements russes en Ukraine a repris à un rythme soutenu. De Lviv à Kharkiv en passant par Kiev, les frappes visent tout le territoire ukrainien.

Le feu russe se déchaîne de nouveau sur tout le territoire ukrainien, le long de la ligne de front bien sûr, mais aussi jusque dans l’extrême-ouest du pays, dans la région de Lviv, en passant par la capitale, Kiev. Les missiles et drones russes parcourent parfois plus d’un millier de kilomètres, en décrivant des trajectoires sinueuses pour tenter d’échapper aux systèmes d’interception ukrainiens. Ces derniers connaissent des succès, mais risquent chaque jour de se faire dépasser par le nombre des engins téléguidés qui tentent de saturer le dispositif de défense. Comme au sol, la bataille qui se déroule dans les airs est aussi une longue guerre d’usure.

Dès les premiers mois de la guerre, certains analystes envisageaient que les Russes seraient vite à court de missiles. Il n’en est rien, même si leurs stocks sont indubitablement en tension. Mais c’est aussi, voire davantage, le cas des systèmes antimissiles ukrainiens, qui dépendent aujourd’hui très largement des livraisons occidentales. L’industrie russe s’est convertie à l’économie de guerre et les missiles se voient suppléer par des drones, iraniens pour certains, dont la fabrication est bien moins complexe et coûteuse. Moscou déploie ainsi tout un arsenal qui parcourt le ciel ukrainien. Le Figaro en fait l’inventaire, forcément non exhaustif et parcellaire.

Les missiles hypersoniques Kinjal

C’est probablement l’arme la plus emblématique utilisée par les Russes. Le Kinjal – «dague» ou «poignard» en français – fait partie des armes qualifiées d’«invincibles» par le président russe lors de son discours annuel de 2018. Il s’agit d’un missile balistique hypersonique tiré depuis un chasseur Mig-31K. «Hypersonique» est une convention fixée à cinq fois la vitesse du son (Mach 5, soit plus de 6125 kilomètres par heure). Des vitesses «hypersoniques» sont en réalité atteintes depuis des décennies par les missiles balistiques (à l’image des missiles intercontinentaux qui peuvent atteindre les… Mach 20), mais ces armes ont une trajectoire balistique simple et prévisible (qui ressemble à celle d’un tir en cloche). La gageure est d’allier ces vitesses à des trajectoires complexes, capables de mettre à mal les systèmes d’interception.

Un missile Kinjal porté par un MiG-31K. Vadim Savitsky

En théorie, la particularité du Kinjal, employé pour la première fois en Ukraine le 18 mars 2022, est ainsi d’être «hypermanœuvrant» tout en étant hypersonique. Rien ne permet pourtant d’affirmer que ces missiles sont «invincibles». D’abord parce qu’ils sont dérivés d’un missile bien connu, l’Iskander (cf. infra). Ensuite, les Ukrainiens ont à plusieurs reprises affirmé qu’ils avaient réussi à en intercepter plusieurs grâce à leurs batteries américaines Patriot. Ce mardi encore, Kiev a annoncé la destruction de pas moins de 10 Kinjal, un «record» selon le général Zaloujny, le commandant en chef de l’armée ukrainienne. Toutefois, à ce jour, aucune preuve formelle n’a été apportée de source indépendante. Les Américains ont confirmé une fois une interception, le 9 mai 2023.

Les missiles de croisière Kalibr

Le Kalibr est à la Russie ce que le célèbre Tomahawk est aux États-Unis. C’est un missile de croisière naval, tiré depuis un navire de surface ou un sous-marin, qui vole à basse altitude et à des vitesses subsoniques. Sa particularité est d’avoir une portée de 1500 à 2500 kilomètres, ce qui permet ainsi à la Russie de frapper en théorie tout le territoire ukrainien. Les flottes russes de la mer Noire et de la mer Caspienne (qui communiquent via un système de canaux) sont équipées d’une quinzaine de navires porteurs de Kalibr.

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Ces derniers mois, les attaques ukrainiennes de drones et de missiles contre ces navires les ont obligés à s’éloigner des côtes, mais ce repli n’est pas réellement une entrave opérationnelle pour les Kalibr russes, vu leur portée. Apparu dès 1994 et modernisé depuis, le Kalibr, équipé d’une charge pouvant monter jusqu’à 500 kg, a été employé au combat pour la première fois en octobre 2015 par les Russes lors de la guerre en Syrie. Il existe d’autres variantes, antinavires ou anti-sous-marines.

Les missiles semi-balistiques Iskander

Depuis la terre, les Russes emploient des batteries de missiles semi-balistiques Iskander et leur version modernisée Iskander-M. C’est très probablement l’arme la plus utilisée par les Russes pour frapper le territoire ukrainien dans la profondeur. La trajectoire dite «semi-balistique» est plus tendue que celle d’un missile balistique classique, ce qui la rend plus difficilement détectable, mais réduit aussi sa portée.

Un transporteur de missile Iskander russe. ALEXANDER NEMENOV / AFP

Celle-ci était de toute façon conventionnellement limitée par le traité russo-américain INF (Intermediate Nuclear Forces) de 1988, caduc depuis sa dénonciation par les États-Unis en 2018 car, selon Washington, les Russes auraient franchi le seuil maximal de 500 km de portée. Depuis, la fin de cette convention bilatérale, Moscou n’a jamais affirmé officiellement qu’ils transgressaient cette ancienne limite. La charge de l’Iskander peut aller jusqu’à 700 kg d’explosifs, sachant que des versions à sous-munitions (une bombe mère porteuse d’un chapelet de «bombelettes») existent. Un autre missile – cette fois de croisière, proche du Kalibr naval – peut également être tiré depuis ce système terrestre.

En Ukraine, les Russes ont également utilisé au début de l’invasion, mais moins aujourd’hui, un ancien missile balistique à courte portée, le Totchka-U, officiellement retiré du service actif. Datant de 1976 dans sa première version, il n’offre une portée maximale que de 180 km.

Un missile balistique Totchka-U, aussi utilisé du côté ukrainien. Picasa 2.7

Les missiles de croisière aéroportés

Les bombardiers russes Tupolev – Tu-22M3, Tu-95, Tu-160 – déploient aussi des missiles de croisière aéroportés, comme le Kh-55 (premier vol en 1976) ou le Kh-101, censé être plus furtif (premier vol en 1998). Comme les Kalibr, ils volent à basse altitude, à des vitesses subsoniques, et peuvent parcourir de grande distance (jusqu’à 3000 km) avec une charge explosive allant jusqu’à 400 kg.

Un bombardier Tu-160 escorté par des chasseurs Su-35S en 2021 au-dessus de la place Rouge. KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

Les drones kamikaze à long rayon d’action

La grande nouveauté intervenue en 2023 est l’utilisation de drones kamikaze à long rayon d’action qui suppléent les coûteux et complexes missiles de croisière et missiles balistiques. La Russie accusait en la matière un certain retard au début de la guerre, mais s’est appuyée sur son allié iranien pour pallier ses faiblesses. C’est ainsi que sont apparus au-dessus du ciel ukrainien les drones Shahed-131, en petit nombre, et surtout les Shahed-136, dont Moscou aurait commandé 2400 exemplaires à Téhéran en octobre 2022. La Russie fabriquerait depuis sa propre version de cette munition rôdeuse, rebaptisée Geranium pour l’occasion et légèrement améliorée.

Un drone Shahed au-dessus de Kiev le 17 octobre 2022. YASUYOSHI CHIBA / AFP

Équipé d’un petit moteur à quatre temps, d’une faible charge explosive (moins de 50 kg), mais capable de parcourir plus de 1500 km, le Shahed-136 a surtout le mérite de coûter de 10.000 à 20.000 dollars seulement. Les missiles anti-aériens, eux, peuvent coûter jusqu’à un million de dollars l’unité… Pour contrer ces cibles à bas coût, la défense aérienne ukrainienne a dû réinvestir l’artillerie, avec la livraison de canons allemands Gepard.

Les drones Lancet

Contrairement au drone Shahed-136 au son caractéristique de tondeuse à gazon, le drone kamikaze Zala Lancet est équipé d’un silencieux moteur électrique. Son usage est différent de la munition rôdeuse iranienne, dont il faut définir avant le décollage la cible, que l’on ne peut changer au cours du vol. Les cibles fixes sont donc privilégiées. Le Lancet, lui, est surtout pensé pour des cibles mobiles, notamment des systèmes d’artillerie, des radars ou des blindés. Il la repère puis peut l’acquérir en temps réel. En revanche, sa portée (jusqu’à 70 km) est incomparablement moindre : cette arme est donc surtout utilisée à proximité du front. Le Lancet permet aux Russes de pallier leur relative faiblesse en matière d’artillerie à longue portée, notamment pour les tirs de contrebatterie (tirs destinés à détruire les systèmes d’artillerie adverses).

Drone Lancet Capture d’écran Twitter.

Les bombes guidées

À proximité du front, dans les mêmes portées que les drones Lancet, l’aviation tactique russe utilise également des bombes guidées, qui peuvent être tirées à plusieurs dizaines de kilomètres. Les FAB-500 et FAB-1500 ainsi équipées d’un système de guidage remplacent avantageusement les bombes à gravitation qui nécessitent que les chasseurs-bombardiers Su-24 et Su-34 s’approchent jusqu’au-dessus de leurs cibles. Les défenses anti-aériennes ukrainiennes, encore performantes, interdisent largement un tel usage classique de l’armée de l’air.

Un bombardier tactique Su-34. – / AFP

Équipées d’une lourde charge explosive (une demi-tonne voire une tonne), les bombes planantes font des ravages derrière la ligne de front, offrant des capacités de destruction incomparables avec celles des drones Lancet. Elles peuvent être utilisées sous forme de sous-munitions contre des unités d’infanterie disséminées au sol ou contre des bunkers, notamment en milieu urbain.

Les missiles… anti-aériens

Parmi les bizarreries observées sur le champ de bataille, l’usage de missiles anti-aériens S-300 à longue portée contre des cibles terrestres. Pour certains experts, cet usage à contre-emploi souligne le manque de munitions du côté de Moscou. En même temps, il permet aux Russes d’user les défenses aériennes adverses en employant des missiles qui sont disponibles à profusion depuis la chute de l’URSS. Selon les versions, le système S-300 offre des portées jusqu’à 250 kilomètres.

Un missile anti-aérien S-300 Wikimedia Commons

Les missiles… anti-navires

De la même façon, des missiles Onyx ou Uran destinés principalement à la lutte antinavires ont aussi été utilisés dans les frappes russes sur le sol ukrainien. Cela peut là encore traduire une tension sur les stocks de munitions, mais aussi la volonté de diversifier le type de vecteurs. Supersonique, l’Onyx est également prévu pour des frappes contre la terre, et l’Uran, subsonique, est secondairement prévu pour de telles missions.

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