Depuis la guerre en Ukraine, et avec les tensions entre l’Iran et Israël, le drone est au cœur de l’actualité. Ces dernières années, le marché des drones a explosé en raison d’une demande croissante pour des applications militaires. Plus de 100 pays seraient aujourd’hui détenteurs de drones militaires, tous types confondus, d’après le ministère des Armées. Ce marché, autrefois dominé par les Etats-Unis et Israël, voit émerger de nouveaux acteurs étatiques tels que la Turquie et l’Iran.

Les utilisations se sont diversifiées et démocratisées, ne se limitant plus au seul domaine militaire. Dans le civil, de nombreux secteurs professionnels et industriels se sont emparés de ces engins sans pilote à bord pour répondre à des besoins toujours plus spécifiques grâce à la prise de vue aérienne : l’agriculture, le cinéma, la surveillance, l’inspection thermographique des bâtiments, etc. Pour des usages de loisirs, on peut même trouver des tutoriels en ligne pour fabriquer soi-même son propre drone à partir de composants achetés directement sur Amazon.

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Alors que les gammes s’enrichissent et les usages se diversifient, les forces armées ont de plus en plus recours aux ressources offertes par les constructeurs civils, qui tirent le marché de la dronautique. «Les petits drones grand public sont d’ailleurs ceux qui présentent la menace la plus grande. Plus ils sont imposants et lancés de loin, plus ils sont repérés. Mais quand on adapte un drone grand public en lui installant une charge utile, type grenade, pour le lancer sur une foule depuis un immeuble voisin, c’est beaucoup plus compliqué à anticiper», explique Rémy Bonnery, conseiller en défense et aéronautique chez Archery Strategy Consulting. Autant dire qu’avec une telle démocratisation des drones, les menaces ne manquent pas de se diversifier.

Du drone de contact au drone d’attaque

Les systèmes de drones militaires sont de plusieurs sortes : des nano-drones qui pèsent à peine 100 grammes qui servent pour des missions d’observation à courte distance ; la gamme miniature du dessus qui peut aller jusqu’à 5 km et porter de petites charges utiles ; la catégorie des drones tactiques qui peuvent voler jusqu’à 3 000 mètres d’altitude pour contrôler une zone, comme le turc Bayraktar TB2. L’Europe, surtout la France et le Royaume-Uni, et leurs fournisseurs italiens et allemands, ont développé quelques modèles de drones tactiques utilisés à des fins de surveillance et de renseignement, comme le Patroller de Safran qui équipe l’Armée française et les forces armées égyptiennes.

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Viennent ensuite les catégories avec un rayon d’action supérieur à 150 km, avec les drones dits «MALE» (moyenne altitude longue endurance), plus grands que les drones tactiques. Ils sont conçus pour voler à des altitudes moyennes pour une longue durée, à l’exemple des Reapers américains. C’est le segment le plus important tant au plan tactique qu’en parts de marché. Longtemps dominé par les Américains, le marché du MALE a été rattrapé par Israël, avec Israel Aerospace Industries qui a d’abord lancé le Hunter puis le IAI Heron dans les années 1990. Les Shahed iraniens intègrent la catégorie MALE même s’ils n’ont pas une vocation d’observation mais d’attaque (drone suicide). Très engagés dans le conflit en Ukraine et récemment dans l’attaque de l’Iran contre Israël dans la nuit du 13 au 14 avril, ils sont devenus une arme incontournable.

Les Européens sont peu présents sur le marché des drones MALE, aussi bien comme clients que comme constructeurs. Le projet de drones MALE européen lancé par la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne prend du retard dans son déploiement à grande échelle. Lancé en février 2022 pour 7,1 milliards d’euros, ce programme «Eurodrone» prévoit le développement et l’acquisition par les quatre Etats coopérateurs, d’une soixantaine de ces drones de 30 mètres d’envergure et de 11 tonnes, qui doivent entrer en service à partir du début des années 2030. Airbus Defence et Space Gmb, secondés par leurs partenaires Dassault Aviation, Space SAU et Leonardo, produisent le MALE européen qui remplacera progressivement les Reaper en France.

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La classe de drones HALE (haute moyenne longue endurance), très proches des avions, est utilisée principalement dans la surveillance. C’est le cas du RQ‑4 Global Hawk de l’américain Northrop Grumman qui pèse 14,6 tonnes au maximum au décollage, soit la masse d’un petit chasseur, pour une endurance de 32 heures. La Chine a également investi ce segment avec le GAIC EA03.